La pensée rigide dans l’autisme

La pensée rigide dans l’autisme

 

La pensée rigide est souvent considérée, à tort, comme un problème relationnel montrant que la personne autiste est une personne bornée et fermée d’esprit. Pourtant, il s’agit en réalité d’un mécanisme de défense commun à tous les asperger qui n’a rien à voir avec l’ouverture d’esprit.

 

Partie 1 : Définition de la pensée rigide:


Afin de préparer cet article, j’ai passé plus d’une heure à chercher la simple définition du terme « pensée rigide ». Et j’ai pu constater qu’il était difficile d’en trouver une définition simple.
J’ai commencé mes recherches avec mon dictionnaire fondamental de la psychologie puis sur internet pour constater que la vision de la rigidité de pensée est vraiment restreinte.
Il est soit vanté les mérites de l’adaptabilité, soit simplement dit que la personne atteinte de TSA a une pensée rigide et ce que cela entraîne, mais pas de vrai sens sur l’origine de cette rigidité.
Dans l’article «  la résolution des problèmes et la rigidité mentale » publié dans le magasine « l’année psychologique » par Oléron Pierre en 1955, on peut y lire :

« Une définition courante de la rigidité (on trouve en particulier cette idée chez Rokeach) implique l’incapacité de modifier une conduite quand les conditions extérieures le demandent. Le changement de conduite entraîne au contraire, une plus grande efficacité, rapidité ou facilité de la tâche. »

 

La rigidité y est aussi décrite comme « une mécanisation de la pensée » qui « rend les sujets aveugles à une solution qui sans elle serait évidente ».


Dans le dictionnaire fondamental de la psychologie, il n’y a pas la définition de « rigidité » mais on y trouve celle de flexibilité : « Capacité d’un sujet à changer de critère lors de l’analyse d’un stimulus, ou de point de vue lors de l’analyse d’un problème » ou encore « Caractère d’une conduite susceptible de changements adaptatifs. »

 

Je suis aussi suis tombé sur un article qui comparait la rigidité de pensée à un manque d’ouverture d’esprit.


Alors, que l’on soit bien d’accord : le manque d’ouverture d’esprit et la rigidité de pensée des TSA n’ont aucun rapport.
D’un côté, l’ouverture d’esprit se rapporte à une notion de tolérance, alors que la rigidité de pensée de la personne autiste est simplement une demande de constance et de fiabilité dans le monde qui l’entoure afin de retrouver un sentiment de sécurité.
Pour illustrer ça, je trouve que les paroles de Valérie Jessica Laporte (l’auteure du blog « Royaume d’une Asperger») correspondent parfaitement lorsqu’elle dit :

«  Lorsque je trouve, je garde. Lorsque j’aime, j’aime. C’est tout. Et ensuite, je ne veux pas changer. Les recettes gagnantes deviennent des recettes officielles. »

C’est ce dont je vous parlais dans ma vidéo sur la résistance au changement alors que j’abordais les crises de panique en magasin lorsque l’on ne retrouve pas ses produits habituels. Comme avec son shampoing par exemple. Pourquoi est ce que j’irais prendre le risque d’en changer et d’avoir une texture de cheveux désagréable alors que mon produit habituel fait exactement ce que je veux ?

 

« Pourquoi prendre le risque. » Tout est dit.

Mais quel est ce risque ?


Lorsque nous avons un trouble du spectre de l’autisme (dit TSA) nous avons de petites particularités comme des hypersensibilités, besoins de planifications et bien d’autres difficultés multiples qui font partie de notre quotidien. Nous recherchons inconsciemment, à travers ces constantes et cette fiabilité, à diminuer les risques de souffrir.
Oui, je parle bien ici de souffrir, et pas simplement de petits inconvénients. Mon article sur les hypersensibilités développe davantage cette notion si vous désirez vous renseigner.

 

Partie 2 : Les causes de notre pensée rigide.

 

La peur apparaît comme le principal facteur de pensée rigide chez les personnes Asperger

. Elle découle d’un besoin de « contrôler » son environnement. Quoi que le terme « contrôler » son environnement soient vraiment réducteur et accusateurs, donnant l’impression qu’il y a une volonté de manipulation. Ce n’est pas le cas. La personne autiste cherche simplement à limiter les risques et les impacts extérieurs sur sa propre vie, car savoir ce qui nous attend et ne pas avoir d’imprévu est réconfortant.
D’où les questions primordiales que l’on doit poser

« où ? quand ? comment ? qui ? Quoi ? ».

 Ces simples questions permettent de prévoir une situation et de se rassurer. Les détails aussi sont réconfortants (voir vital pour une prise de décision en lien avec le changement).
Dans cette idée, les routines aussi sont nécessaires. Sans elles, tout ne serait que chaos et imprévu aux yeux de la personne autiste. Ces routines sont souvent confondues à tort avec des troubles obsessionnels compulsifs alors qu’elles sont en réalité :

des « routines d’ordre pratique ».

En effet, se retrouver face à l’imprévu peut amener du simple agacement à de véritables crises de paniques, et passant par l’effondrement émotionnel.

Par exemple,

Dans la série « The Good Doctor » qui est une série ayant pour personnage principal un médecin Asperger, on trouve un bon exemple de ces routines pratiques. Le personnage principal essaie d’expliquer à son colocataire toutes les choses qui doivent être faites pour que cela puisse fonctionner entre eux. Plus que simplement exiger, il expliquer pourquoi ces règles doivent être respectées : parce qu’il a peur des phénomènes de contaminations, ou de perdre un objet par exemple. Ainsi, la télécommande de la télé doit rester sur le plateau de la table basse pour ne pas avoir à la chercher, et le papier toilette placé de façon à ce qu’il ne touche pas le mur pour qu’il ne soit pas contaminé.

Nous avons toutes les capacités de nous résonner et de faire des compromis. Cependant, bien qu’il soit possible de diminuer l’impact de ces peurs par des prises de conscience et beaucoup d’effort, ces craintes ne disparaîtront jamais totalement.

Nous avons alors besoin que les autres le comprennent, et l’accepte, car il ne s’agit pas de simple « intolérance » .

 

Une autre des causes de notre pensée rigide est aussi le fait que nous ne comprenons pas forcément que quelque chose à changer, et donc, nous faisons comme à notre habitude.


J’en parlais dans mon article sur la stabilité du monde social, en soulignant que le monde autour de nous change en permanence. Et, en tant que personne autiste, il nous est parfois difficile de voir, et de comprendre certains de ces changements.
Par exemple, Si nous ne percevons pas que la personne qui est en face de nous essaie de partager sa peine sur un sujet qui lui tiens à cœur, nous pouvons alors continuer de lui parler comme d’habitude.
Ou alors concernant les changements de mode lorsque l’on s’habille toujours de la même manière au fil du temps. Aux yeux de certaines personnes cela peut aussi être vu comme de la rigidité. Tout comme le fait d’appliquer une règle au pied de la lettre sans savoir comment les variations sont possibles.

 

Partie 3 : Les Amalgames

L’amalgame à ne pas faire est celui entre une personne bornée et fermée d’esprit, et un autiste qui fait ce qu’il peut pour survivre et garder une certaine stabilité.

Le plus gros impact que je voudrais mettre en évidence est la difficulté relationnelle qu’entraîne cet amalgame.
En lisant le PDF « Cerveau rigide contre pensée flexible » que je vous mets en description, je me suis dit que je ne voyais pas le monde comme ça. J’ai une pensée rigide de part mon autisme, mais je ne me retrouve pas dans la vision de ce pdf sur le cerveau rigide.


J’ai donc approfondit mes recherches sur le sujet, me rendant compte qu’énormément de gens font l’erreur d’associer le manque d’ouverture d’esprit, le mental rigide, la personne fermée, et la pensée rigide.
Je suis tombé sur des articles comme « Là où les esprits rigides voient de la fausseté, les esprits flexibles voient des secondes chances » ou est généreusement critiqué les personnes rigides, jusqu’à les traiter d’  « absolutiste » et de « Elles en arrivent même à mentir, insulter et mépriser pour obtenir ce qu’elles veulent »


ou bien « La flexibilité psychologique- 5 façons de la développer » où il est abordé des notions comme « prendre conscience de son environnement » ou de ses « valeurs » comme solution pour développer sa flexibilité.
Je ne remets en aucun cas en cause la valeur de ces articles dans le monde neurotypique. Je vous mets d’ailleurs leurs liens en bas de cet article. Cependant, la notion de « rigidité de pensée » a un tout autre sens dans le monde autistique !
 

Comme je vous l’ai expliqué précédemment, c’est la peur et l’incompréhension qui pousse la personne autiste a favorisé ce qu’elle connaît et limiter les variations.

La plupart des personnes autistes que je connais sont même des personnes très ouverte d’esprit sur le plan de la tolérance tout en ayant cette raideur de la pensée en ce qui concerne leur environnement.
La volonté de changement peut être présente, bien que nous restions terrorisés par l’inconnu. Il est possible de faire preuve de patience, d’écouter les autres, de prendre le temps nécessaire pour faire mûrir nos décisions en tenant compte des autre malgré nos crises de panique au super marché, car la couleur de notre produit habituel a changé.
À cause de cet amalgame, la personne autiste est souvent jugée et rejetée car associé aux personnes fermé d’esprit, et rares sont les personnes qui prennent réellement le temps d’écouter et d’accompagner sans se brusquer à cause des idées reçues.

 

Partie 4 : Exercices

Diminuez les impacts de la pensée rigide, développer notre flexibilité et limiter notre panique face au changement.

Ces exercices peuvent être appliqués autant à l’enfant autiste qu’à la personne adulte. Leur formulation est majoritairement adressée aux accompagnants, mais vous pouvez les utiliser sur vous-mêmes ou demander de l’aide à vos proches afin de les mettre en place.
La chose principale à retenir est qu’il faut absolument associer la logique verbale à la pensée visuelle pour que la personne autiste comprenne vraiment. Plus elle grandira (ou vieillira) plus sa pensée deviendra complexe et flexible, et donc, plus sa compréhension se développera.
Ces exercices sont tirés du livre « comprendre les règles tacites des relations sociales » de Temple Grandin et Sean Barron

 

Exercice 1: L’utilisation de métaphore visuelle

 

Beaucoup d’entre nous, ont ce que l’on appelle “la pensée en image”.


Cette pensée en image peut être un très bon support de travail.
Je me souviens avoir beaucoup utilisé l’image du jardin pour décrire mes ressenties intérieures.
Les mauvaises herbes représentaient mes angoisses, les fleurs, ma joie de vivre. Je me suis servie de cette métaphore visuel avec ma grande fille lors de mes crises que je pensais dû à une dépression. Aujourd’hui, je sais, grâce à mon diagnostique, que cela était dû à la saturation de mes sens.

De cette manière, sans le vouloir, j’ai éduqué le cerveau de ma grande à faire varier les images dans sa tête, les faire évoluer en fonction du jour et des situations.


Temple Grandin quant à elle, nous parle de l’utilisation de couleur en fonctions de la gentillesse des personnes. Une personne n’est jamais totalement bonne ni totalement méchante. Ses couleurs passent du gris clair au gris foncé.
Pour vous entraîner, prenez une métaphore visuelle qui a du sens pour vous et faite varier l’image en fonction des situations que vous rencontrez.
Ou bien si vous le pouvez, surtout si l’enfant a accès à ces métaphores, accompagnez le dans ces images, d’abord avec des images sur une feuille, puis dans sa tête.
Même si la pensée en image est fréquente chez une personne avec autisme, la compréhension des métaphores visuelles peut demander un petit entraînement.


Attention ! Ne forcez jamais une personne qui se montre totalement réfractaire à cet exercice. L’exercice doit être amené en douceur, surtout si vous le proposez à un enfant. Mon propre fils n’a réussi à comprendre ce type de métaphore sans support visuel qu’à l’âge de 12-13 ans.

 

Exercice 2 : Montrer à la personne que les catégories d’objet peuvent varier


Pour un enfant,

La classification de ses jouets peut être intéressante.
Les classer par couleur, par matière, ensuite par fonctions et enfin par préférence.
Cela permet aussi de mettre en évidence la notion de point de vue. On ne regarde pas les choses de la même manière en fonction de ce que l’on essaie de faire.
Faites lui remarquer que dans ces différents classements, l’objet le plus à droite n’est pas toujours le même. Ainsi, vous lui montrez que les choses sont différentes en fonction de la situation.
Puis, faites lui choisir son classement préféré. Ensuite, proposez-lui le votre. Là encore, vous pouvez lui faire remarquer que l’objet le plus à droite n’est pas le même en fonction de son classement et du votre. Cela permettra de lui montrer que les choses sont différentes en fonction de la personne.

Pour un adulte,

Faites comme Temple, rassembler des objets noirs de votre maison ou votre bureau.
Mettez les devant vous, étalés. Regardez-les et classez-les selon leur fonction. Vous pouvez alors constater que certains objets peuvent avoir plusieurs fonctions : des fois pour travailler, des fois pour jouer.
Elle prend l’exemple de l’agrafeuse qui peut agrafer des documents (catégorie travail) ou agrafer un cerf-volant (catégorie jeu).

 

Exercice 3: Utilisez sans cesse des expressions telles que « dans cette situation particulière… » et « dans un autre contexte… » afin de mieux faire comprendre comment les choses varient.

A force de répéter que les choses varient, la personne en face finie par comprendre que ce qu’on lui explique est dans un cas précis.
Surtout, répétez encore et encore afin que les variations s’installent et que la rigidité de pensée diminue au maximum.

 

Exercice 4: Pour ceux qui ont le plus de mal associer des images papiers.

La pensée visuelle doit être prise en compte pour une meilleure compréhension. La logique verbale n’atteint pas certaines personnes. Il peut s’agir de vous comme d’une personne avec qui vous communiquez.
Lorsque vous dites à un enfant asperger “Arrête de te balancer ! Tu vas tomber !” Vous aurez souvent l’impression qu’il n’écoute tout simplement pas. En lui montrant l’image d’un enfant qui tombe de sa chaise et qui se blesse, il aura davantage de chance de comprendre.

 

Merci d’avoir lu cet article. Si il vous a plu, partagez le !

 

La vidéo de l’article sur Youtube:

 

 

Références :

Livre :

– L’asperger au féminin de Rudy Simon (pour les causes)

– Le livre « comprendre les règles tacites des relations sociales »de Temple Grandin et Sean Barron (pour les exercices)

– Dictionnaire fondamental de la psychologie

Article :

– Oléron Pierre. La résolution des problèmes et la rigidité mentale. In: L’année psychologique. 1955 vol. 55, n°1. pp. 79-101

Liens internet :

https://mamanbooh.com/wp-content/uploads/2019/04/Cerveau-rigide-contre-Pens%C3%A9e-Flexible-1.pdf

https://nospensees.fr/esprits-rigides-de-faussete-esprits-flexibles-secondes-chances/

http://pierrettedesrosiers.com/etes-vous-flexible-ou-rigide/

Mes articles :

https://asperger-zen.com/les-4-clefs-pour-bien-vivre-avec-son-hypersensibilite/

https://asperger-zen.com/le-paradoxe-de-la-stabilite-du-monde-social/

https://asperger-zen.com/comment-depasser-la-resistance-au-changement/

 

Photos du site pixabay:

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